
Le potentiel énergétique des océans est considérable, et son exploitation très inégalement avancée selon les pays et les technologies. Ce panorama fait le point.
Les estimations du potentiel technique mondial des énergies marines hors éolien se comptent en milliers de térawattheures par an, plusieurs fois la consommation électrique mondiale actuelle.
Cette abondance théorique se heurte à une réalité économique : la part de ces technologies dans la production mondiale reste, aujourd'hui, statistiquement négligeable hors éolien en mer.
L'écart entre le potentiel et la réalisation est le fait central de ce secteur, et il tient au coût, non à la ressource.
Le Royaume-Uni occupe la première place mondiale sur les énergies marines hors éolien. L'Écosse concentre les meilleurs sites de courants d'Europe et accueille le principal centre d'essai mondial, aux Orcades, qui a testé la plupart des prototypes existants.
La Chine est devenue le premier pays au monde pour l'éolien en mer installé, avec une croissance sans équivalent, et développe des programmes marémoteurs et houlomoteurs.
Le Danemark, les Pays-Bas et l'Allemagne dominent l'éolien en mer européen, avec des filières industrielles et portuaires structurées.
La Corée du Sud exploite le plus grand ouvrage marémoteur du monde, à Sihwa.
Le Japon, l'Australie, le Canada et les États-Unis conduisent des programmes de recherche substantiels, avec des sites d'essai dédiés.
Et la France dispose d'un potentiel de premier plan sur les courants, raz Blanchard, passage du Fromveur, et d'un avantage reconnu sur l'éolien flottant.
L'usine marémotrice de la Rance, en France, en service depuis 1966, reste l'une des plus grandes du genre et la plus ancienne en fonctionnement. Elle a servi de référence mondiale et d'objet d'étude sur les effets à long terme d'un barrage estuarien.
La centrale de Sihwa, en Corée du Sud, la dépasse en puissance installée.
Plusieurs parcs éoliens en mer britanniques et chinois dépassent individuellement le gigawatt, soit la puissance d'une tranche nucléaire.
Les matériaux et les revêtements : la corrosion et la biosalissure constituent le premier poste de coût d'exploitation, et tout progrès sur ce point améliore l'ensemble des filières.
L'ancrage et les câbles dynamiques, indispensables au flottant, où les mouvements permanents fatiguent les liaisons électriques.
La maintenance prédictive et la robotique sous-marine, une intervention humaine en mer coûtant plusieurs ordres de grandeur de plus qu'à terre.
Le stockage et la conversion en vecteurs transportables, notamment l'hydrogène produit en mer, qui éviterait un raccordement électrique coûteux.
Et les membranes pour l'osmotique, verrou technologique d'une filière qui resterait sinon théorique.
La connaissance progresse et les résultats sont nuancés.
Les fondations créent un effet récif favorable à certaines espèces benthiques, et l'exclusion du chalutage produit localement un effet réserve.
Le bruit sous-marin durant les phases de battage des fondations affecte les mammifères marins, ce qui a conduit à des techniques de réduction, rideaux de bulles, montée progressive en énergie, et à des restrictions saisonnières.
Les effets des champs électromagnétiques des câbles sur les espèces sensibles font l'objet d'études en cours, sans conclusion définitive.
Et l'effet cumulé de plusieurs parcs sur les couloirs migratoires des oiseaux est le sujet le plus difficile, puisqu'il ne s'évalue pas projet par projet.
Trois facteurs, dans l'ordre.
Le coût du capital, ces projets étant intensifs en investissement initial : une variation des taux d'intérêt modifie leur rentabilité davantage qu'une avancée technologique.
La planification spatiale maritime, qui doit arbitrer entre pêche, navigation, défense, protection et production d'énergie.
Et la disponibilité des infrastructures portuaires et des navires installateurs, aujourd'hui le principal goulot d'étranglement mondial de l'éolien en mer.
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